March 30

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La fin de l’aventure au Congo

L’aventure au Congo est terminée depuis déjà 3 semaines. Je finis mon congé pour recommencer le travail chez GSK ce lundi. Ce 3 semaines de pause était nécessaire entre ma vie au Congo et ma vie à Québec. Aucun point commun entre ces 2 réalités, juste moi au milieu qui essaie de maintenir le lien.

Mes dernières semaines en RDC ont été plutôt occupées. Dès le retour du Kasaï Oriental au début février, je suis repartie pour Goma, dans la province du Nord-Kivu. C’est dans cette région de la RDC que des combats persistent depuis des années avec les rebelles du M23. Depuis quelques mois, l’armée de la RDC (FARDC) et les Nations Unies (MONUSCO) ont repris le contrôle de la région favorisant une certaine stabilité. Plusieurs groupuscules rebelles demeurent cependant actifs, d’où le maintien de contraintes de sécurité importantes. J’ai donc pu me rendre à Goma, mais il a été impossible de sortir à l’extérieur de la ville, car au moment où j’y étais, un groupe armé a attaqué un village non loin, village où je devais me rendre pendant mon séjour. Il m’a été interdit de me déplacer vers cette région. Néanmoins, j’ai pu aller dans la ville et ses alentours immédiats.

Le voyage de Kinshasa à Goma se fait sur des vols humanitaires. J’ai pris un vol des Nations Unies. À l’atterrissage à Goma, il n’est pas très rassurant de voir aux abords de la piste des carcasses d’avions écrasés qui n’ont jamais été ramassés….

La région de Goma est magnifique. Avant le début des combats, c’était un lieu de villégiatures avec ses forêts luxuriantes, sa faune diversifiée, son climat plus frais, ses montagnes et ses lacs. La ville est construite au bord du grand lac Kivu et au pied d’un volcan actif, le Nyiragongo. Une coulée de lave a d’ailleurs enseveli la ville en 2002. Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer que ce lieu a déjà été paisible. Les maisons ont été reconstruites sur les coulées de lave durcie. Les routes n’ont pour la plupart pas été pavées, donc les voitures (obligatoirement des 4×4) circulent directement sur la lave. Cette lave noire, rivières de pierre figée, a formé des routes inégales et dures. Les maisons sont en roches volcaniques noires, entourées de murets de ces mêmes roches noires, au milieu de routes de lave noire. L’ambiance de cette ville m’est apparue lugubre.

Cette région étant lieu de combats armés depuis plusieurs années, sa population a beaucoup souffert et souffre toujours. Il est difficile de faire abstraction des viols commis, des enfants forcés à devenir soldats, des meurtres, des pillages, et autres atrocités. Chaque femme rencontrée a potentiellement été violée, chaque homme a peut-être été enfant-soldat et forcé à commettre ces atrocités. Ces gens aujourd’hui chauffeur, femme de ménage, collègue, commis au supermarché, ont subi de plus ou moins près cette violence.  Ils portent tous un passé qui est inimaginable pour nous, qui nous donne des frissons.

J’ai pu sortir un peu de la ville pour visiter des centres de santé. Nous sommes allés dans un centre juste à l’extérieur de la ville. Ce village avait été deserté par sa population car c’est exactement à cet endroit que le M23 et la MONUSCO/FARDC ce sont affrontés l’an dernier. Une petite barrière coupe le village en deux. Chaque clan avait son côté et les bombes volaient d’un bord à l’autre. On voit les dommages des obus un peu partout. Le centre de santé avait été pillé et reprend péniblement ses services. La population revient progressivement sur les lieux. Les maisons sont endommagées et ont aussi été pillées. Ces personnes n’ont plus rien et ne peuvent survivre que grâce à l’aide humanitaire.

J’ai fait une semaine à Goma, c’était suffisant pour moi comme première expérience. L’ambiance était trop lourde, la distance impossible à mettre entre le vécu de ces gens et moi-même.  Pour la première fois dans mon séjour, je n’arrivais pas à enlever mes “lunettes occidentales” et à rester objective.  Des échanges avec d’autres expatriés, j’ai pu comprendre qu’on ne s’habitue pas à Goma.

Heureusement, la semaine a été coupée par une fin de semaine au Rwanda. Avec 3 collègues, j’ai traversé la frontière entre la RDC et le Rwanda.  J’ai trouvé cela génial de me retrouver à cette frontière, au fin fond de l’Afrique, avec une italiennes, une espagnole et une franco-anglaise. Étant dans le domaine humanitaire depuis longtemps, elles trouvaient ce mélange de nationalités tout à fait banal, mais moi, je trouvais cela spécial.  Goma étant situé sur la frontière, le chauffeur de Save the Children nous a laissé à la barrière.  Après les formalités, nous avons traversé, à pieds, la petite barrière et une voiture taxi (et non un 4×4!) nous attendait de l’autre côté.  La différence est frappante. Belles routes, pas de barbelés, gens souriants, pas de déchets partout, droit de marcher dans la rue, …. L’enfer est séparé du paradis par une petite barrière. du moins, en apparence.  Le Rwanda, sous une dictature forte, a su se relever du génocide d’il y a 20 ans.

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Lac Kivu, Giseny, Rwanda

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Suite à mon retour à Kinshasa, tout s’est déroulé très rapidement.  D’abord, finalisation de mes activités chez Save the Children. Mon travail pendant ces 6 mois a été de faire l’état des lieux sur l’approvisionnement en médicaments et vaccins, de comprendre les processus existants dans le pays et de faire des recommandations pour assurer l’accès à des produits de qualité. J’ai pu mettre en place certaines de ces recommandations et proposer les marches à suivre pour la suite, mais je suis surtout bien contente d’avoir pu démontrer l’importance de définir de bons processus pour la gestions des produits pharmaceutiques. Ainsi, dans les dernières semaines de mon mandat, nous avons recruté une pharmacienne qui pourra continuer ce que j’ai entamé.

Les derniers jours ont aussi été des jours d’adieux. Moi qui croyais souffrir de solitude pendant ces 6 mois, je réalise que j’ai créé des liens avec des gens de tous genres et toutes origines. J’ai découvert un milieu où tout se passe dans l’urgence, incluant les relations interpersonnelles. Le milieu est tellement dur, et les gens étant de passage pour quelques mois à quelques années, il faut rapidement créer ses liens. L’entraide entre les expatriés est aussi au rendez-vous. Des gens que je connaissais à peine m’ont aidée, pris sous leur aile et supportée, alors que j’ai fait de même en offrant le logis, en partageant ce que j’avais ou en offrant une écoute sans jugement.

J’ai aussi dû dire adieux à plusieurs collègues congolais. J’ai découvert des gens gentils, respectueux et qui veulent le mieux pour leur pays.  J’ai beaucoup apprécié les discussions lors desquelles j’ai pu constater à quel point ils sont conscients de la situation dans le pays et du peu de moyens qu’ils ont pour faire changer les choses.

L’aventure au Congo est bel et bien terminée, mais elle reste vivante. Je suis fière et heureuse d’avoir eu l’audace de partir, toute seule, dans ce défi. Cette expérience a été difficile, je ne peux pas dire le contraire. La RDC demeure un des pays les plus durs où faire de l’humanitaire. Mais c’est le positif et le sentiment de devoir accompli qui reste.

Merci à GSK pour ce superbe programme. Merci à mes collègues du site de Québec de m’avoir laissé partir et à mon patron, John, d’avoir supporté ma candidature. Merci à tous ceux qui m’ont suivi sur mes blogues ou autres, vos petits messages et commentaires me redonnaient à chaque fois une dose d’énergie pour continuer. Merci à mes amis et ma familles d’avoir été là malgré la distance. Et un infiniment grand merci à mon “chum” Stéphane et à mes enfants Thomas et Delphine. Vous m’avez encouragée alors que j’avais l’impression de vous abandonner, vous avez tenu le fort pendant que j’étais partie vivre cette aventure et je vous retrouve grandis aujourd’hui. Vous êtes magnifiques et je vous aime.

Un dernier mot à tous : OSEZ!