Dernière mission au Kasaï Oriental

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La cathédrale de Cilundu

Il reste 3 semaines à mon assignation en RDC et je commence déjà à faire des “dernière fois” et des adieux. Je reviens de ce qui est probablement ma dernière mission au Kasaï Oriental. J’ai eu la chance de pouvoir passer 2 1/2 semaines sur le terrain, principalement à Cilundu. Mon plus long séjour, loin loin en brousse, beaucoup de boulot et aussi, de belles expériences et rencontres.

Lors de cette mission, nous avons d’abord pu former les infirmiers titulaires des centres de santé de la zone de Cilundu en gestion des médicaments. Donner une formation dans un couvent en ruine, sans électricité, sans réseau, sans eau courante. Où la trentaine de personnes à former viennent des 4 coins de la zone, jusqu’à 60 km à pieds. Où les formateurs viennent de Kinshasa et de la capitale de la province et que nous devons prendre en charge leurs déplacements. Où il faut loger et nourrir tous ces gens. Et où, il faut des ordinateurs, projecteurs, toute la documentation et les outils de formation disponibles sur place….. Et bien, nous avons réussi! L’équipe Save the Children à Mbuji-Mayi sait faire des miracles, les sœurs du couvent nous reçoivent comme des rois et les participants comprennent les difficultés du terrain. Cette formation est en partie en plein-air, dans la savane, sous un manguier ou un avocatier, entouré de petites maisons en terre avec toit de paille, en bruit de fond une chorale d’enfants, le chant du coq, le cri des chèvres, le soleil qui nous chauffe la peau et le vent dans nos cheveux….. Pas mal quand même!

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Formation en plein-air

L’autre grande activité de cette mission était des AVI, soit des Activités Vaccinales Intensifiées.  Nous étions dans la 3e et dernière campagne d’AVI qui a pour objectif de récupérer des enfants de 0 à 12 mois qui n’ont pas été vaccinés selon le calendrier de routine. Encore une fois, l’équipe a fait des miracles. En 4 jours, il a été possible de couvrir toute la zone de santé. Autour de 30 postes de vaccinations ont été déployés chaque jour, dans une zone de plus de 80 par 40 km. Près de 3000 enfants ont été vaccinés. Les infirmiers devaient récupérer les vaccins à un centre de santé chaque matin, parcourir plusieurs kilomètres à pieds ou à vélo, avec les vaccins dans une glacière, et installer un poste de vaccination en plein-air, dans les villages, certains pratiquement inaccessibles (rivière sans pont, pas de route, violents orages). De là, les bénévoles communautaires allaient de maison en maison pour informer les mamans de la présence de la clinique, et parfois, convaincre ces mamans de faire vacciner leur enfant.  J’ai pu faire le tour de maisons avec le médecin superviseur de notre équipe alors qu’il retournait expliquer aux parents les bienfaits de la vaccination et la nécessité de protéger leurs enfants. Pendant la semaine, nous avons d’ailleurs eu l’information qu’un enfant non vacciné est décédé de la rougeole…

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Poste de vaccination

Entre ces 2 grandes activités, j’ai pu profiter du terrain. Certaines expériences intéressantes, comme pouvoir participer au tournage d’un film documentaire sur le partenariat entre Save the Children et GSK. J’ai appris beaucoup à travailler avec des professionnelles. J’ai aussi pu prendre du temps pour me rapprocher des enfants. Comme très peu de blancs ne visitent ces zones reculées, je suis toujours une attraction. Dès qu’ils me voient, ils me pointent et crient « Mutoka! », soit blanc en Tshiluba. Mon fan club, comme aime me dire mes collègues congolais. Les enfants restent d’abord à distance, pouvant m’observer, sans bouger, pendant plusieurs minutes. Lorsque je m’approche d’eux, en général, ils fuient tous. Puis, les plus courageux reviennent doucement vers moi. J’ai pris l’habitude de leur montrer à faire un « high five », puis un « thumb up ». Ça les fait toujours rire. Alors, les enfants se rapprochent de moi, et de quelques uns, il y en a une dizaine, puis quelques dizaines! Ils arrivent de partout! Si je les prends en photo et leur montre l’image, ils se mettent à rire et courir dans tous les sens. Je ne connais que quelques mots de leur langue locale et eux ne parlent pas français, alors, on communique par signes. Ainsi, j’ai pu leur montrer que je voulais essayer leur jeu le plus populaire : pousser un cerceau avec un bâton. J’ai eu beaucoup de peine, ils ont beaucoup ri, mais j’ai fini par réussir! Le jour où j’ai pris un vélo du centre de santé pour faire un tour dans le village, ce fût probablement l’évènement du mois! Une mutoka à vélo, on ne voit pas cela souvent!

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Mais aussi, ici, les enfants ne rient pas toujours et ne peuvent pas tous faire un « high five ». J’ai aussi pris le temps d’aller faire des tours à l’hôpital de Cilundu. Les terres de ce coin du Congo sont fertiles, mais la malnutrition y est importante. Ainsi, des enfants sont régulièrement référés à l’hôpital pour malnutrition aigue, souvent accompagnée d’anémie et/ou d’infections. Par manque de moyens, mais souvent pas manque d’éducation, les parents laissent la malnutrition faire des ravages dans leur famille, ne sachant que faire pour la contrer. J’ai vu des petits enfants de moins de 5 ans, rachitiques, en coma, les cheveux décolorés, la peau couverte de plaies. Ça fait mal. Nous avons, à 2 reprises, amenées avec le véhicule des enfants en détresse, qui étaient à plus de 50 km de l’hôpital et dont leur parent n’avait pas les moyens et l’énergie pour faire le trajet. Nous sommes revenus un soir du terrain, une petite de 2 ans, Lubuya, était à l’urgence, comateuse, difficultés à respirer, anémique. Sa mère l’avait amené 2 semaines plus tôt à l’hôpital, elle a reçu une partie des traitements, mais faute de moyens de payer, la mère a fui avec son enfant. Ce jour là, la mère est revenue désespérée, la petite a des convulsions et ne répond plus. Après plusieurs heures de recherches, un donneur de sang compatible a été trouvé. Le médecin ne garanti pas que cela la sauvera, c’est tout de même sa seule chance, mais la mère, enceinte de 6 mois, n’a pas les 15$ requis pour la transfusion. Je décide de prendre en charge la petite. Je la laisse alors qu’on débute la transfusion, le lendemain matin je suis heureuse de voir qu’elle boit un peu de lait et peut me regarder. Aujourd’hui, elle est sauvée, du moins, pour le moment.

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Kali, 3 ans

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Lubuya, 2 ans

Ces 2 semaines ont aussi été parsemés de petits bonheurs et surprises africaines. Que ce soit ce jeune homme qui m’observait depuis quelques jours et qui me fait signe de m’approcher. Il avait fabriqué un sac et « son cœur lui avait dicté de me l’offrir ». Ou le jour où un collègue revient du terrain avec une chèvre vivante ligotée sur sa moto… je lui demande de la libérer pour réaliser qu’il va la réinstaller sur le toit de notre 4×4! Nous avons fait 2 heures de pistes avec 1 chèvre, 3 poules et 1 pigeon sur le toit! La chèvre a crié tout le long…. Au couvent, les prières chantées des sœurs avec leurs tamtams et autres instruments congolais…. La découverte au marché local de fruits et légumes qui m’étaient inconnus… Les hommes « blancs » au marché des farines… La préparation du fu-fu et des feuilles de manioc…. Les discussions de soirée avec des congolais des us et coutumes, de sorcellerie, de polygamie, de leur quotidien…. Le marché d’échange des diamants….

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Vous voyez la pauvre chèvre derrière la moto???

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Il y a bien 1 chèvre, 3 poules et 1 pigeon sur le toit du véhicule….

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Marché des farines

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Préparation du fu-fu…

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et des feuilles de manioc

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Gentille soeur Régine, mère du couvent de Cilundu

C’est donc avec tristesse que j’ai quitté le Kasaï Oriental, car j’y ai passé de bons moments avec des gens généreux, accueillants et, tout comme moi, curieux de nos différences.