Première sortie sur le terrain, je comprend mieux l’ampleur de la tâche

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Une deuxième semaine à Kinshasa se termine. J’ai l’impression que ça fait des mois que je suis partie. Tout est tellement différent ici et je dois réapprendre à  tout faire seule.  Je m’adapte quand même bien, je m’habitue à la chaleur (souvent plus de 35oC, humide!), je suis plutôt calme malgré le contexte de sécurité, je commence à socialiser avec des expatriés africains, européens, américains, canadiens…

Il y a des choses auxquelles je ne crois pas arriver à m’adapter, entre autres, mon nouveau parfum, odeur chasse-moustiques! Je n’en peux déjà plus de sentir le DEET à la journée longue! Il y a l’aspersion du matin, puis les retouches dans la journée…. L’odeur me suit partout… j’en respire, j’en mange… et je me fais quand même piquer! Avec le taux élevé de malaria dans le pays, c’est cependant un incontournable.

Mais trêve de plaisanteries, le sujet de ce blogue sera plutôt un résumé de ma première sortie sur le terrain. Nous disons sortie sur le terrain chaque fois que nous intervenons auprès des bénéficiaires. Cette semaine, je suis allée visiter 2 centres de santé à Kinshasa, un en zone urbaine et l’autre en zone urbano-rurale.

D’abord, même si nous allons dans Kinshasa, tout déplacement ici est fastidieux. Il y a toujours du trafic et les routes sont plutôt mauvaises. Kinshasa est une ville étendue. Pour vous décrire un peu les rues, c’est très poussiéreux, de petites constructions de bétons sur un niveau (sauf au centre-ville), principalement des petits commerces le long des routes principales. Il y a des montagnes de déchets partout le long du chemin, beaucoup de plastique, au travers desquelles des femmes sont assises, par terre sur une couverture, à vendre des fruits, légumes ou babioles. Beaucoup de gens qui marchent dans la rue et qui traversent, des voitures dans tous les sens, des klaxons incessants. Dès que la voiture arrête dans le trafic, des adultes et des enfants se ruent aux fenêtres pour nous vendre de tout, des papiers-mouchoirs, des bouteilles d’eau douteuse, des cartes de téléphones, des sandales, des porte-clés, … tout peut se trouver dans la rue. Ce n’est pas toujours facile de garder les fenêtres fermées et de faire comme-ci nous ne les voyions pas, surtout lorsque ce sont des enfants.

Nous sommes donc partis mardi matin, pour un premier centre de santé en zone urbaine.  Environ 45 minutes de 4×4 sur les routes principales, puis nous nous engageons sur des chemins étroits, entre des rangées de maisons. Nous tournons dans ce qui me semble une ruelle, le camion ne peut pas se rendre, nous devons descendre et finir les 100 derniers mètres à pieds pour atteindre le premier centre de santé.

Vous ne serez pas surpris si je vous dis que c’était plutôt précaire. Un petit bâtiment de béton, tout à fait similaire aux autres. Ouvert sur l’extérieur, pas de vitre ou de moustiquaires. Une vingtaine de femmes avec des enfants attendent sur des bancs, il fait sombre car il n’y a pas d’électricité. Les salles d’examens sont éclairées à la lumière du jour ou à la chandelle. La directrice du centre nous accueille chaleureusement. Elle est fière de nous montrer ses installations et de nous expliquer leur offre de services. Vaccination, consultations médicales, suivis pédiatriques. L’infirmière en chef nous explique qu’ils font environ 80 accouchements par mois, je n’ose même pas demander à voir la salle d’accouchements… Notre visite est plutôt rapide car nous devons nous rendre plus loin, dans un autre centre, mais comme je sors, la directrice me prend par le bras et me pousse au fond d’un étroit couloir. J’entends des chants d’enfants. Elle ouvre une porte et, dans un tout petit local, un groupe de mères et leurs enfants se retournent vers moi. Ils arrêtent net de chanter, me regardent tous avec leurs grands yeux noirs, surpris. Ils sont entassés dans ce local et attendent patiemment la pesée des enfants pour leur courbe de croissance.

Nous retournons donc dans le 4×4. Une autre heure à se faire brasser. Plus nous roulons, plus les maisons se dispersent et sont plus modestes. Nous quittons le chemin pour prendre un sentier sablonneux qui descend dans la vallée. Nous sommes toujours dans Kinshasa.

Deuxième centre de santé. Nous sommes au milieu de nulle part, mais il y a tout de même une maternité, un bloc opératoire, un centre de vaccination, un laboratoire, une pharmacie, une salle pour les hospitalisations. Ça s’annonce bien et de l’extérieur, ça semble convenable. Ce sont tous de petits bâtiments séparés, éparpillés sur un terrain sablonneux.

Premier arrêt, la vaccination. Surprise, la vaccination est faite à l’extérieur. Sous un toit en tôle, il y a des rangées de bancs où les gens attendent. L’infirmier superviseur est fier de me montrer leur réfrigérateur à l’énergie solaire… mais ils se sont fait voler les panneaux, donc, dans un grand coffre en plastique, se retrouve une poche plutôt sale remplie de glace, autour de laquelle les vaccins sont entassés… Il fait près de 40oC dans la pièce.  C’est de là aussi que les centres de santé en zone avancée viennent s’approvisionner en vaccins et médicaments. Un homme est là avec sa petite glacière et trois « icepacks ». L’infirmier lui donne sa commande de vaccins. À ma grande surprise il vide les boites dans la glacière où les fioles se retrouvent pêle-mêle et s’entrechoquent. La glacière est tellement pleine, qu’un seul « icepack » peut y être inséré… Si tout va bien, il sera à destination dans 3 heures. Le transport se fait en autobus, où les gens sont entassés à la chaleur, sur des chemins cahoteux.

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Ensuite, bloc opératoire. Bâtiment tout neuf, dernière installation construite sur le site. J’ai espoir. Nous entrons dans une pièce qui donne sur 5 à 6 portes. Au-dessus de chaque porte, il est inscrit ce qu’il y a de l’autre côté. Banque de sang, salle de réveil, stérilisation, salle d’opération. Le médecin en chef nous invite à entrer dans la salle d’opération. Nous nous entassons dans la salle, sans mesure particulière. Une grande salle, avec une fenêtre ouverte sur l’extérieur. Un lavabo de salle de bain, une table d’opération, une lumière et une armoire en bois. C’est tout ce que nous retrouvons dans la salle. Dans la pièce adjacente, une génératrice à l’essence qui n’est démarré que lorsqu’ils font des chirurgies. J’imagine la boucane qui sort de là alors que le patient est juste à côté sur la table! Pas d’eau courante, pas d’électricité pour stériliser les instruments ou garder une banque de sang, pas de zone aseptique, rien. Et ils y font des césariennes, des opérations pour l’appendicite, et toute autre chirurgie d’urgence. J’aime mieux ne pas m’imaginer la scène lorsqu’on opère.

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La maternité est encore plus démunie. Des lits métalliques en mauvais état sont dispersés dans une salle. Une jeune femme y est en travail, couchée directement sur le matelas recouvert d’un vieux plastique déchiré. La salle d’accouchement est minuscule, avec un lit plus ou moins solide sur lequel est apposé un autocollant du Canada. Don de l’ambassade, je suis un peu gênée de dire que je suis canadienne….

Le laboratoire est presque vide, plus de réactifs, un vieux microscope, un incubateur non fonctionnel. La pharmacie est dans un état similaire. La salle des injections sert aussi de penderie.

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Finalement, ils nous invitent à visiter la salle d’hospitalisation. Je suis plutôt mal à l’aise quand je réalise qu’il y a des gens couchés sur les lits. Notre groupe se tient au centre et discute, sans se préoccuper des patients. Un homme semble souffrant, une femme dort et un enfant est couché, sa mère près de lui, un soluté dans le bras. Un liquide jaune, provenant d’une bouteille en plastique sans identification et qui semble avoir du vécu, lui est administré. Il y a une aiguille d’insérée dans la bouteille pour percer le plastique et permettre à l’air d’entrer et libérer médicament. C’est étrange. Le médecin nous explique que l’enfant a la malaria et que le centre achète ces médicaments sur le marché noir. C’est moins cher et plus facile à se procurer.  J’ai un frisson dans le dos quand je regarde l’enfant, me disant que personne ne sait vraiment ce qu’on lui administre et me demandant s’il s’en sortira….